Jean Tabet


Conférence
Mercredi 18 décembre 2002, 18:00

Jean Tabet
architecte, Paris

organisée avec le concours de la Professeure Inès Lamunière

Beyrout, ville divisée ?
Continuités et ruptures dans une ville en reconstruction

On imagine volontiers que les grands chan­tiers de reconstruction en cours à Beyrouth sont le fruit de la guerre qui, pendant quinze ans, de 1975 à 1990, a coupé la ville en deux. Non pas par un mur comme à Berlin, mais par une ligne de démarcation tout aussi sanglante, dont les traces subsistent encore aujourd’hui, tant dans le paysaghe physique que dans le comportement des habitants. Le déchaîne­ment de violence qui s’est alors emparé de la ville a bouleversé toutes les formes d’organi­sation traditionnelles, les rapports entre quar­tiers, centralité urbaine et périphérie. Amputée de son cenrtre historique, lieu traditionnel de renconre et d’échange, la capitale libanaise s’est retrouvée éclatée en une multitude de quartiers cloisonnés, conglomérat de ban­lieues qui tournent autour d’un centre vide.

Pourtant si les transformations et les destruc­tions dues à la guerre sont réelles, il paraît illusoire de chercher à appréhender la dyna­mique à l’œuvre dans le Beyrouth d’aujourd’hui à travers les catégories traditionnelles d’une problématique axée sur la trilogie Destruction / Reconstitution / Reconstruction. Au delà de cette problématique, il faut se poser la question de l’efficacité, entendue à la fois au sens politique et symbolique, des des­tructions ainsi que celle de  » l’opportunité » offerte par la guerre pour réaliser des projets anciens que les résistance économiques, sociales ou culturelles avaient empêché de voir le jour.

Ainsi, une lecture purement fonctionnelle des rapports entre guerre et urbanisme ne suffit pas pour expliquer la démolition volontaire et systématique de certains quartiers, ni que les destructions de quartiers entiers soient com­pensées par une fièvre spéculative qui s’em­pare de régions autrefois délaissées et deve­nues centrales dans la nouvelle géographie de la violence. Table rase urbaine, réhabilita­tion ou pastiche ne constituent pas de sim­ples options techniques mais expriment plus fondamentalement de véritables choix de société.