Les livres de l’architecture de la ville

21 février – 11 mars 2017


CONFERENCE

21 février 2017
Vernissage
discussion entre Emanuel Christ, François Charbonnet, Luca Ortelli, Thomas Padmanabhan.
Modérée par Kersten Geers, Victoria Easton and Guido Tesio


En 1966, Aldo Rossi publie un livre qui réfute les arguments de son époque concernant la ville et sa planification. La critique le porte aux nues et L’architecture de la ville accède rapidement à une renommée internationale, devenant du jour au lendemain un véritable classique.

Construit à partir d’un ensemble de fragments peu conventionnels et issus d’une pluralité de disciplines, de cultures et d’auteurs, le livre génère un écrin conceptuel – si opaque qu’il puisse paraître – permettant une réelle exploration de la complexité de la ville contemporaine ; structure conceptuelle dont le succès perdurera au moins aussi longtemps que l’œuvre de Rossi lui-même, y compris toutes les simplifications et les caricatures dont elle a fait plus tard l’objet, et qui ont fini par influencer la manière dont ses théories sont perçues. Aujourd’hui, à l’heure du Cinquantenaire de la parution de L’Architecture de la ville, cette exposition se présente en tant qu’un exercice formel ayant pour but de célébrer cet œuvre ‘mythique’ tout en la ‘dépoussiérant’ en la retirant de son piédestal afin de renouveler l’intérêt pour ses principes.

L’importance du livre se manifeste dans l’incertitude qui nous accompagne toujours à l’heure actuelle lorsqu’il s’agit d’interpréter et de concevoir la ville aujourd’hui. Les questions que pose Rossi dans les années 1960 sont loin d’avoir été résolues : les villes demeurent complexes ; leur configuration physique reflète toujours leur histoire de façon non-linéaire, contradictoire ; et les phénomènes urbains demeurent inexplicables, sauf à les aborder comme les parties du tout que représente la ville. Est-ce que le ‘livre-ville’ ou la ‘ville-livre’ de Rossi est une métaphore à laquelle s’accrocher ? Peut-être que oui, dans la mesure où la construction de ce livre est à bien des égards le résultat de la construction de l’architecte : à savoir, l’architecture de la ville a construit Aldo Rossi, pour ainsi dire. Ou bien doit-on s’en débarrasser, ou déconstruire cette métaphore une fois pour toutes ? Nous avons – en présentant ici un « Difficult Whole », scruté sans l’avoir explicité – pris le parti d’empêcher que ceci puisse arriver.

En remontant vers les sources où Rossi a puisé afin de construire son livre, en réhabilitant les éditions d’origine afin d’expliquer leur valeur littéraire et iconographique, l’exposition Les livres de L’architecture de la ville célèbre la générosité du livre, au-delà de la renommée de son auteur, proposant ainsi qu’Aldo Rossi soit considéré plus simplement comme l’un des nombreux contributeurs au projet foncièrement multi-face et collectif intitulé L’architecture de la ville : un livre de livres.

Les livres de L’Architecture de la ville ne présente pas une ‘nouvelle’ position reposant sur d’abondantes recherches, concernant la vérité (ou non) de l’imparfait chef-d’œuvre de Rossi. Il s’agit, plus simplement, d’un passage en revue de tout ce que Rossi a explicitement inclu dans ses pages. Ainsi, l’exposition présente simultanément tout et rien. Tous les livres de L’architecture de la ville y sont pour la première fois rassemblés et rendus accessibles. Ils sont exposés aux côtés d’un ensemble de livres facsimile, dans lesquels sont compilés tous les extraits de textes et d’éléments graphiques cités provenant des éditions originales. Un essai photographique par Stefano Graziani entre en résonnance avec les fragments du texte. En tirant son inspiration de plus de 150 livres et d’une multiplicité d’origines et de références, L’architecture de la ville est résolument un organisme qui invite à la mutation toujours en cours de son propre contenu ainsi que d’amples opportunités d’un dialogue intérieur et extérieur continu. En ne montrant rien d’autre que ce qui n’était déjà là, Les livres de L’Architecture de la ville expose sans détours le contenu du texte original, incitant ainsi le visiteur à explorer la fiction de Rossi et à construire pour lui-même de nouveaux ensembles d’analogies et de correspondances.

Traduction de l’anglais © Cécile Menon, 2017


Exposition soutenue par l’Istituto Svizzero de Milan et réalisée en collaboration avec Form-ENAC-EPFL et la Fondation Aldo Rossi

Curateurs:
Victoria Easton
Kersten Geers
Guido Tesio


 Vues de l’exposition