André Lurçat 1894-1970 – Autocritique d’un moderne

24 avril au 24 mai 1996
André Lurçat 1894-1970
Architectures modernes
Exposition réalisée par l’Institut Français d’Architecture

Né en 1894, André Lurçat entre aux Beaux-Arts de Nancy en 1911, puis aux Beaux-Arts de paris de 1918 à 1923. Se plaçant tout de suite dans le courant moderne des années 20, Lurçat commence sa carrière par une série de maisons particulières pour son frère Jean et les peintres Bertrand, Gromaire et Georg. En 1925, il est invité par le Bauhaus de Dessau; il y rencontre Gropius, Oud et les frères Taut.

Membre des CIAM dès leur fondation en 1928, auteur en 1929 d’Architecture, manifeste pour un modernisme modéré. Lurçat construit au même moment l’Hôtel Nord-Sud à Calvi et obtient la commande d’un groupe scolaire pour la Municipalité de Villejuif (1930-33), réalisation marquante de la nouvelle architecture française. Inaugurée en 1933 par une fête qui réunit 20’000 personnes, cette école mixte de 800 élèves est conçue après la consultation d’éducateurs, de psychologues, de médecins et d’enseignants, méthode d’analyse alors sans précédent.

En 1932, Lurçat ouvre un atelier collectif, rue Daguerre à paris, travaillant selon des méthodes collégiales. Très lié aux intellectuels communistes français et russes, il part travailler à Moscou. Il y restera jusqu’en 1937, travaillant tout d’abord pour le Soviet de Moscou puis à la tête du Commissariat du Peuple à la Santé. Loin de subir passivement la pression du « réalisme socialiste », Lurçat s’efforcera de préserver les idéaux de la modernité.

De retour en France, Lurçat s’engage dans la Résistance aux côtés des communistes. A la Libération, il est nommé professeur à l’Ecole des Beaux-Arts mais démissionne face à la pression des chers d’ateliers traditionalistes. A Saint-Denis, il s’attache à concevoir des « cités-jardins verticales » préfabriquées, constiuant des entités distinctes dans la ville dont la forme est clairement identifiable. Responsable de la construction de Maubeuge (1945-53), Lurçat s’y révèle attentif aux attentes des sinistrés, sensible à la forme urbaine antérieure et aux délicats problèmes fonciers.

Occupé à partir de 1955 par les commandes des municipalités de la banlieue parisienne, il publie dans Formes, Composition et lois dharmonie, les réflexions théoriques sur l’esthétique architecturale formulées en réaction à son expérience soviétique. André Lurçat meurt à Sceaux en 1970.

L’architecture de Lurçat explore les questions fondamentales dans le champ de la théorie et de la pratique, Mises en oeuvre bien avant le discours populiste des années 70, la recherche du contact avec les usagers poursuivie à Maubeuge, celle de la variété et de la lisibilité de la forme urbaine et du rapport à l’histoire engagée en pleine phase de grande production fonctionnaliste d’Etat en France et surtout la formulation avec les « standards » d’une pragmatique stimulante de l’industrialisation, demeurent des entreprises aux résonances toujours fortes. Et la tentative qui fut la sienne pour construire des ponts entre les thèmes du Mouvement moderne et le corpus théorique de l’architecture française des XVIIIe et XIXe reste à ce jour unique.
 


Maison Bomsel, 1925

Hôtel Nord-Sud, Calvi, 1929-1930

Maison Hefferlin, Ville d’Avray, 1931-1932

Aéroparis, 1932 (vue d’ensemble, photomontage)