Luis Barragan

1902-1988

19 janvier – 9 février 1994


Exposition réalisée par l’Ecole Spéciale d’Architecture, Paris

Né au Mexique, Barragan est un des architectes du paysage les plus raffinés et les plus poétiques. Dans ses créations qui ressemblent à des toiles de De Chirico, le mur est à la fois l’entité suprème et l’élément central d’un paysage métaphysique, un écran pour révéler les couleurs estompées du soleil presque blanc du Mexique et un lieu pour accueillir des présences évanescentes. Ses magnifiques fontaines et ses places soigneusement dessinées sont de grandioses mises en scène pour la promenade de ses créatures mythologiques. Alors que son dessin est profondément classique, les éléments de son architecture sont profondément enracinées dans la culture et la tradition religieuse de son pays.

Ingénieur de formation, Barragan est un architecte autodidacte qui a appris la profession par le biais de l’expérience directe et par ses contacts avec des artisans et des critiques d’architecture. Sa famille possède un ranch dans l’Etat de Jalisco et il y passe son enfance, chevauchant, participant à des fêtes populaires et fréquentant les places de marché. Ses premiers voyages européens lui firent connaître un intellectuel français, Ferdinand Bac dont l’influence se matérialise par une vision qui ne le quitta jamais : le jardin comme espace magique pour le plaisir de la contemplation et comme lieu de rencontre.

Ses visites de jardins de l’Alhambra, puis vers 1950 du Maroc, le fascinèrent et le lièrent définitivement au concept des jardins islamiques constitués d’espaces compartimentés et successifs avec leurs plans d’eau et leur seguias et la musique de l’eau qui coule.

Barragan reconnaît son amour et sa dette esthétique envers l’architecture des ranches de l’architecture populaire du Mexique, des villages et des couvents. « Mes souvenirs de la plus tendre enfance sont relatifs à un ranch que ma famille possédait prés du village de Mazamilla ». C’était un village dans les collines formé de maisons avec des toits de tuiles rouges et d’immenses avant-toits pour se protéger des fortes pluies qui tombaient dans cette région. Même la couleur de la terre était intéressante parce que c’était de la terre rouge. Dans ce village, le système de distribution d’eau consistait en de grandes canalisations de bois en forme d’auges qui couraient à cinq mètres de hauteur au-dessus des toits, supportées par des supports en forme de fourches à trois branches. L’aqueduc passait sur la ville, alimentant les patios où il y avait de grandes fontaines de pierre pou recueillir l’eau. Les patios abritaient les étables où chevaux, vaches et poules se côtoyaient ».

Mais il faut noter que le contexte du Mexique avec sa lumière incandescente, ses vents froids, ses fortes pluies, les restrictions dues à la pauvreté et à un manque d’expérience constructive ont toujours contribué au respect d’une structure simple et à l’usage restreint de matériaux.

L’effet extraordinaire des compositions de Barragan et les qualités puissament sensuelles de ses couleurs et de ses matériaux ne se laissent pas déduire de ses dessins et de ses plans. la richesse de l’architecture magnifiquement sobre de Luis Barragan est basée sur quelques éléments constructifs liés ensemble par un mystérieux sentiment, une austérité exaltée par la magnificence de ses couleurs qui s’infiltrent dans les interstices de l’espace, liant et séparant à la fois architecture et nature.



Maison Antonio Gálvez, Colonia San Angel,
Mexico-city, 1955

Maison Antonio Gálvez, Colonia San Angel,
Mexico-city, 1955

Las Arboledas, Atizapán de Zaragoza,
Mexico-City, 1959